Les tarifs d'un prête-plume ou écrivain fantôme
Quel est le prix d'une biographie "aidée" ?
Lorsque j'ai inventé ce métier de biographe familial sous la marque NPI, en 1996, je me suis demandé combien me faire payer. Quel serait le tarif d'un prête-plume, un "ami Pierrot" des temps modernes qui prête (ou loue) sa plume afin d'écrire le livre de quelqu'un d'autre ? Ce que les anglo-saxons appellent un écrivain fantôme (ghostrighter). J'ai observé autour de moi les tarifs des coiffeurs, des mécaniciens automobiles, des plombiers, etc., et me suis dit que j'aurais à payer sensiblement les mêmes charges qu'eux, ce qui s'est avéré exact. J'ai alors calculé la moyenne de leur tarif horaire et ce montant est devenu mon prix facturé à l'heure.
Le prix juste, équitable
Aujourd'hui, à 70 € de l'heure TTC, mes collègues NPI et moi sommes un peu moins chers que bon nombre d'artisans, mais cette moyenne reste notre référence. C'est le tarif qui nous permet de vivre décemment, sans exagérer, en payant toutes nos charges, et celles-ci ne vont pas en diminuant. Depuis 2023, taxes, impôts et cotisations diverses sur les revenus des travailleurs indépendants augmentent beaucoup plus vite que l'inflation. Nos honoraires se situent donc au juste prix.
Un tarif à l'heure plutôt qu'un forfait
Nous faisons le choix d'un tarif horaire plutôt que d'un forfait pour une raison toute simple, gage d'équité : ni le client narrateur ni nous ne savons combien de temps il faudra pour qu'il raconte sa vie et que nous l'écrivions. Certains parlent peu, survolent leur vie, d'autres entrent dans le détail ; certains racontent aisément, d'autres se répètent, hésitent, se perdent dans le fil de leurs souvenirs ; certains veulent un petit livre, d'autres un énorme pavé, voire plusieurs tomes. Un forfait unique ne serait pas juste.
Par respect pour le client, nous facturons donc chaque heure de travail au fur et à mesure : entretien avec lui, écriture, corrections, déplacement, documentation si le client nous demande de lire ou d'effectuer telle ou telle recherche. Il ne nous paye rien de plus que ce que nous faisons concrètement.
Un paiement échelonné dans le temps
Le client me paye à la séance et non d'un coup, ce qui rend le travail accessible à toutes les bourses. Beaucoup de mes clients sont des gens plutôt modestes.
A l'issue du temps d'entretien à mon bureau ou en visioconférence sur WhatsApp, il me règle le temps d'entretien effectué plus le temps d'écriture qui va en résulter. Il s'en va, j'écris, assez rapidement (souvent le lendemain), puis lui envoie le texte par e-mail. Si, par exemple, il n'est pas content de la qualité d'écriture, il a le droit d'en rester là et il ne me doit rien, ce qui ne serait pas possible s'il avait payé un forfait d'avance. A la séance suivante, nous listons les corrections, les ajouts, les modifications qu'il souhaite, puis il reprend le fil de son récit, je prends des notes, etc., le cycle continue.
Le paiement est ainsi échelonné à raison d'une séance par jour, par semaine, par mois... voire plus espacé encore s'il le souhaite. Et il voit le travail avancer au fur et à mesure qu'il verse mes honoraires, il ne paye donc pas un travail qui ne lui plairait pas et qu'il découvrirait seulement après avoir tout réglé.
Un paiement au forfait pour écrire un livre est possible
Même si j'applique en principe le paiement à la séance, pour les raisons que je viens d'exposer, parfois, le narrateur, ou sa famille qui lui fait ce cadeau, souhaite payer un forfait pour qu'on ne parle plus de gros sous ensuite ou pour savoir exactement ce que ça coûtera, sans risque de dérapage. C'est possible.
J'étudie la demande et détermine le montant à régler. Il s'élève par exemple à 3500 € TTC pour une biographie classique pour laquelle je dois interviewer un seul narrateur, à mon bureau ou en visioconférence, c'est-à-dire hors frais de déplacement.
Statistiquement, le client (ou sa famille) est gagnant car il peut arriver que le paiement à la séance approche ou dépasse les 4000 €, voire plus, si le narrateur est très bavard.
Si je peux consentir ce forfait à 3500 € seulement, au risque d'être finalement perdant sur le volume total de mes honoraires, c'est qu'en retour, je bénéficie ainsi d'un bon apport de trésorerie toujours utile quand il faut payer l'URSSAF, le comptable et autres frais divers. Je considère donc qu'il s'agit d'un accord gagnant/gagnant, pour ceux qui ont les moyens d'investir ces 3500 € d'un coup, au début du travail.
Par contre, jamais je n'imposerai ce forfait, c'est le client qui décide du mode de paiement, d'un coup ou échelonné dans le temps.
Guillaume Moingeon, écrivain et biographe familial
Créateur du label et du groupe NPI
Auteur de fictions et de livres d'histoire