Biographe hospitalier : un travail délicat
Biographe hospitalier et biographe familial : quelles différences ?
Le biographe hospitalier, salarié par un hôpital ou par une association agréée par l'hôpital, intervient pour recueillir une partie des mémoires de certains patients du service d'oncologie ou de soins palliatifs. C'est un travail délicat parce que le biographe sait que le narrateur qu'il a en face de lui risque de décéder dans un délai restreint, peut-être même avant d'avoir terminé d'écrire le livre. C'est difficile de voir ainsi mourir une personne à laquelle on s'attache, par la force des choses, en l'écoutant des heures durant. Ce peut aussi être frustrant de ne pas avoir eu le temps d'écrire ses mémoires avant cette échéance fatale.
Après avoir inventé en 1997 le métier de biographe familial, j'avais eu l'idée de proposer mes services au directeur de l'hôpital de Vannes et de la Sécurité sociale du Morbihan, dès 1998, pour intervenir au sein de l'hôpital vannetais afin d'y recueillir les mémoires de certains patients. Ces deux cadres n'ont pas cru utile de répondre à mes courriers, jugeant probablement ma proposition saugrenue. Ce n'est pas facile d'être trop en avance sur son temps ! Et comme le souligne le proverbe, "Nul n'est prophète en son pays" !
Quelques dizaines de biographes hospitaliers
Vers 2005, j'ai aidé une consœur à s'installer (comme des centaines d'autres), par mes conseils. Prénommée Valéria, elle m'a annoncé vouloir travailler spécifiquement pour l'hôpital de Chartres. Puis elle a créé une association des écrivains hospitaliers. Ils sont aujourd'hui quelques dizaines en France.
Pour ma part, je suis resté biographe familial et rétrospectivement, je m'en réjouis, car s'il arrive que certains de mes clients décèdent peu de temps après avoir écrit leur livre et transmis leur mémoire, jamais aucun d'entre eux ne s'éteint avant d'avoir terminé ce travail. Même s'ils m'annoncent être atteints d'une maladie grave et incurable lorsqu'ils font appel à mes services, ce magnifique projet les maintient en vie jusqu'à ce que l'écriture soit bouclée et parfois à la surprise de leurs médecins, car nos entretiens s'étalent sur des mois alors qu'on leur avait annoncé une fin imminente. La volonté d'écrire et de sauvegarder leur mémoire pour la transmettre aux générations futures leur donne la force de tenir au-delà du délai probable qu'on leur avait annoncé. Il est vrai que comme me l'a dit un client médecin gérontologue dont j'ai écrit les mémoires pour sa famille et ses amis, la médecine n'est pas une science exacte. Il y a une marge d'erreur. C'est humain.
Cela étant, depuis 1997, j'ai écrit les mémoires de 6 ou 700 narrateurs et seule une quinzaine d'entre eux étaient en fin de vie. Contrairement aux biographes hospitaliers, dont je salue cependant le travail, je préfère intervenir en amont, quand mes clients sont valides, ont toute leur tête et tout leur temps pour bien raconter leur vie au fil de plusieurs dizaines d'entretiens et transmettre leurs valeurs familiales tranquillement, sans urgence. Je remercie donc les deux directeurs de ne pas avoir donné suite à ma proposition, en 1998 !